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L'AFP a annoncé la mort de Philippe Seguin, président de la cour des comptes, depuis deux heures.
Passée l'atomisation instantanée du come-back promo de Lionel Jospin sur France Inter, le volume d'information et d'hommages sur dans les médias centuple, "miltuple" peut-être en 120 minutes la masse totale d'informations émises depuis la mort de Michael Blaise le 28 décembre 2009.
Tu ne sais pas qui était Michael Blaise ? Normal.
Si sa mort a été immédiatement minimisée, les dernières minutes de sa vie furent prestement qualifiées d''hystériques", le reste de sa courte vie étiqueté de "marginal".
Il est mort des suites d'un contact prolongé avec quatre vigiles, dans la réserve d'un centre commercial lyonnais d'une célèbre et ultra-bénéficiaire enseigne hypermarchande au carrefour de vos emplois du temps.
Après un mensonge initial du dirlo de l'hyper, un cadre propret fusionnant avec sa direction, média-trainé en catastrophe par celle-ci, est envoyé devant les caméras de la télé-locale, le soir de l'incident pour défendre l'histoire officielle (qui est toujours celle du puissant.)
Du point de vue de son employeur, des vigiles et de leur avocat : Pas de dégâts, notre de service de sécurité a fait preuve de professionnalisme. Ce marginal était un énervé, il a collapsé.
Comprendre : "C'était couru d'avance, il n'avait qu'à pas volé sa cannette de bière à un euro quarante".
C'est comme ça chez Intersection : Ou tu payes ta bière ou t'es mis en bière, avec en prime un cassage de ton image post-mortem.
Michael Blaise est le taux de perte toléré par la noble et grande distribution dans ce tunnel hasardeux de consommation entre Noël et le réveillon. La direction se dit, il sera oublié avec le coup de canon des soldes, quand les pauvres un poil plus riches que Michael se précipiteront par millions dépenser leur petit pécule, de l'essentiel au futile.
La marginalité ne tenant qu'au plastique de la cofinoga qu'on a ou pas.
Vite, dispersons.
Seulement voilà...
L'entourage de Michael fait savoir que le défunt n'était pas marginal ni SDF, thèse de la direction de la direction relayée dès le départ par la plupart des médias (voir vidéo à la fin)
Une caméra de surveillance a filmé le dernier quart d'heure de vie de Michael et l'enregistrement vu par le procureur-adjoint de Lyon livre une version nettement moins bisounours que celle de l'avocat des vigiles. (vidéo en fin d'article)
Durant 15 minutes, 3 vigiles immobilisent Michael Blaise contre une table, l'un d'eux s'allongeant de tout son poids sur le jeune homme, lui plaquant la cage thoracique. Ils maintiennent la pression malgré les hurlements de Michael et poursuivent après qu'il ait cessé de hurler.
En bons professionnels de la sécurité des intérêts des puissants, pour une paye de misère qui leur est crachée à la gueule, durant six minutes, nos vigiles à peine plus humains que les objets dont ils ont la garde, s'acharnent à maitriser un mort.
Ça, comme dit Morandini dans les phrases où il ne parle pas de buzz : "ça peut faire polémique."
Heu enfin... ailleurs que dans des médias dont le principal annonceur est la puissante enseigne en question.
Trois jours après la mort physique et médiatique de Michael, alors que les quatre vigiles sont mis en examen, l'affaire monte poussivement au niveau national.
Nous sommes alors le 31 décembre 2009, Michael Blaise est mort depuis trois jours.
Voici les titres d'une édition d'information matinale sur une des stations de radio les plus écoutées en France :
Ce soir c'est la fête. Alors : êtes plutôt foie gras ou huître ?
Ce soir : Risques de débordements partout en France et traditionnelles voitures brûlées. Pour faire face à l'insécurité, Brice Hortefeux renforce le dispositif policier. 8000 agents en rab' rien qu'à Paris.
Ce soir : Vœux modernes du président moderne avec fond moderne à la Avatar et ça craint quand même : La taxe Carbone vient d'être "retoquée" par "les sages" du conseil constitutionnel. (Pour l'occasion les techniciens ressortent du placard le bobino de Rocard sur « crime de non assistance et de planète en danger ». )
"Peut-être une bavure" dans un supermarché à Lyon où un « marginal » [toujours lui] est mort étouffé par 4 vigiles de sécurité.
Et vous, que pensez-vous des ampoules basse consommation ?
La mort d'un "marginal" calée en trente secondes (dont 28 pour l'avocat des vigiles et 0 pour celle de la victime) à sept minutes de journal, entre le rôti de biche et deux tranches de saumon : Michael, c'est ta troisième mort par étouffement en moins d'une semaine.
Condensé de toutes les barbaries humaine, économique et médiatique de ces vingt dernières années, l'atroce mort de Michael rejoint la zone morte de l'information, où tout ce qui peut faire fond et indignation et vite recouvert de buzz et de scoops s'annulant dans une hypnose stroboscopique par succession sans fin. Philippe Seguin, bien malgré lui, rajoute une pelletée sur la sépulture de l'antillais.
Il est 11 heures, j'ai fini l'article.
Toute la France sait pour Seguin, combien savent, même parmi les employés mal traités de la sanglante enseigne, que Michael Blaise a vécu et qu'il est mort dans leurs murs pour tentative d'évasion d'une cannette de kro ?
Je n'étais déjà pas friand de ces camps de consommation. Sachant que l'on y risque sa peau pour cause de connerie humaine : Nos relations sont terminées.
Je ne positive pas avec ces gens-là.
En mémoire de Michael, je ferais peut-être une trêve dans mon boycott du magasin et de ses sous-marques (Le groupe est par ailleurs spécialisé dans l'évasion fiscale king-size) pour aller maladroitement casser ("- Je l'ai pas fait exprès, quel maladroit !" ) une cannette de Kro dans les rayons, avant de repartir les mains dans les poches sous les regards offusqués des clients qui me diront :
EUX Mais comment osez-vous faire ça !
Et vous ? Comment osez-vous encore acheter là ?
1ere vidéo : Version de l'avocat des vigiles qui plaide "le professionnalisme", la victime est présentée comme un SDF :
2e vidéo : 2 jours après, la mise en examen des vigiles...
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